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La Compagnie UZ et COUTUMES

« Concilier un engagement militant avec l’exigence d’une pensée critique. » 

Le théâtre de la compagnie Uz et coutumes est un théâtre de la mémoire (ou peut être des mémoires) : une recherche artistique qui vise à ancrer dans le présent ces passés tourmentés qui nous rappellent à la fois les terribles égarements de l’homme et leurs récurrences, mais aussi ce qu’il semble rester, systématiquement, comme une lumière, une vigie, une part d’humanité intouchable.

« Nous devons donc nous-mêmes – en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur – devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre. »

écrit George Didi Huberman dans « Survivance des lucioles ».

Il s’avère en effet que l’art, sous ses différentes formes d’expression est un des principaux survivants de la violence, à la fois parce qu’il l’exprime non comme une angoisse mais comme une re présentation; et à la fois parce qu’il la dépasse et parvient à aller au delà des blessures.

Nous l’avons dit, par notre théâtre, agissant comme une « voix des sans voix » nous nous positionnons en solidarité, en porte parole, en témoignages, et c’est bien cela qui nous anime dans la rencontre à l’autre : celui qui fut un jour meurtri tout comme celui qui prend le temps de nous écouter.

Notre théâtre est en ce sens une des expressions les plus vives sur le chemin des résiliences et des reconstructions parce qu’il convoque la parole.

C’est parce que nous sommes totalement imprégnés de cette idée qui persiste à dire que d’abord les choses doivent être dites pour ne pas devenir des gangrènes, et qu’ensuite elles doivent l’être avec le plus de poésie possible, c’est à dire avec cette force implacable du vivant, que le théâtre de la compagnie Uz et coutumes est un théâtre du Mot, au centre même de l’acte.

Le texte concentre notre plus grande attention. C’est là notre principale ligne esthétique. Précisons ici que les travaux textuels de la compagnie sont des originaux, nous n’adaptons que la réalité dans nos lignes : le travail de l’auteur que je suis précède alors tout chantier collectif. Je tente, humblement ainsi d’apporter une version nouvelle, contextualisée, ce que je me plais à nommer : des poèmes urbains.

Si les thématiques générales sur lesquelles nous travaillons sont souvent complexes et donc très documentées, nous cherchons ensuite une dramaturgie simple qui consiste à rétrécir l’espace de nos investigations sur « une petite histoire », une incarnation à notre échelle en quelques sortes. C’est le cas avec Hagati Yacu, où nous suivons toute une journée la vie d’une parcelle, d’un ilot de voisins. Ce sera le cas avec ÉJO N’ÉJO BUNDI, où ce rétrécissement s’opère à travers la vie d’une famille. Des personnages issus de la vie quotidienne qui agissent comme des miroirs du commun.

Pour que cela soit aussi le plus évident possible nous nous installons dans une proximité quasi totale avec le public, qui se trouve systématiquement au cœur du dispositif scénique. Nous parlons ensemble, nous jouons ensemble : ce rapprochement conditionne tout autant le jeu des acteurs que l’invitation faite au public, nous souhaitons que cela témoigne dans l’instant de l’acte théâtral d’une certaine fraternité.

A laquelle nous croyons, malgré tout.

Nous sommes toujours à la limite du dire en réalité. Nous savons bien que ce nous tentons de représenter est parfois non représentable : comment par exemple représenter un million de morts en trois mois, dans dix petites minutes de théâtre ? Seules les productions hollywoodiennes ont des réponses arrogantes à cela. Nous, nous sommes nourris des travaux des témoins, et des limites de notre métier : nous jouons alors l’impossibilité du jeu et nous mettons en scène cette impossibilité comme une rature à l’intérieur d’un texte.

C’est pour cela que nous racontons des instants de vie, des émotions connues, des ressentiments universels, loin d’une pompeuse fresque historique.

Nous souhaitons toucher l’autre dans ce qu’il a de semblable et de fragile, quelque soit les époques, les pays, les vérités historiques.

Mais nous sommes cependant capables d’aller loin et c’est ainsi que notre théâtre revêt l’apparence d’une flamme qui vacille dans le réel. Ce fût le cas lors de la tournée au Rwanda où, tous ensemble, artistes français, rwandais, rescapés, responsables politiques et acteurs de la société civile, avons conjuguer nos forces et nos compétences pour ceci : faire du génocide un théâtre, sur les lieux de celui-ci, et face à celles et ceux qui l’ont vécu. Nous sommes aller jusque là, et j’insiste sur le caractère exceptionnel de cette démarche : nous étions les premiers artistes français à avoir cette audace, cette merveilleuse audace, d’une telle rencontre.

Ce fut immense et nous désirons encore aller ainsi au cœur des choses.

Comme maintenant avec EJO N’EJO BUNDI. Puisque nous continuons….

Cela témoigne aussi bien sûr, et c’est si important,  de l’existence d’une équipe solide, fidèle, prête à  ce genre de défi. Une équipe constituée d’une vingtaine d’individus aux parcours différents mais qui ont en commun une solide énergie pour porter à bras le corps ce type de propositions. Et des compétences variées car elles sont nécessaires à la qualité d’un théâtre exigent, aux reflets pluriels : c’est aussi pour cela que nous sommes nombreux : une tentative d’image des diversités qui nous constituent.

Le théâtre de la compagnie Uz et coutumes est plus largement une convocation faite aux langages : celui du texte, nous l’avons dit, mais aussi celui que les corps actant se jouent à inventer. C’est un espace que nous explorons avec délices dans la rencontre avec des pratiques venues d’ailleurs, avec les artistes rwandais notamment pour les créations à venir, mais aussi plus loin, dans une recherche que nous souhaitons mener bientôt autour de la notion de francophonie.

Et particulièrement de ce que la langue française a fabriqué comme langages dans les Caraïbes, en Afrique, en Haïti.

C’est un projet en cours de pensée qui cheminera comme les autres, dans un travail approfondi de recherches et de rencontres d’abord, et qui trouvera sa place dans la pluralité culturelle et dans l’espace public ensuite.

Nous avons la volonté de poursuivre nos relations avec l’ailleurs ; en étant capable de l’invitation vers ici, tout comme en représentant nos œuvres dans un espace plus vaste.

Profitons en pour entendre les mots de Patrick Chamoiseau, dans son dernier ouvrage : « Frères migrants » :

« Et voici ce que provoque ce planétaire assourdissement : l’exclusion, le rejet, la violence, la bêtise, la haine et l’indécence qui fermentent de partout, qui s’amplifient dans des boucles d’algorithme et de réseaux sociaux, qui explosent dans la horde instinctive de ces médias que ces réseaux fascinent jusqu’à rendre mimétique. Cet effondrement engendre une perte de l’éthique et quand l’éthique défaille c’est la beauté qui tombe. »

Notre rapport à l’espace public s’inscrit comme une marque de l’engagement de la compagnie : contribuer à représenter dans l’espace public des formes audacieuses, consistantes qui ne soit pas que des suppléments d’âmes estivaux. C’est un de nos combats, qui nous semble chaque fois de toute urgence.

C’est aussi celui de l’accessibilité et d’une complicité populaire avec la rue, le prochain, l’âme du commun.

Nous savons maintenant que le théâtre a cette force et s’il permet de nous convoquer ensemble dans ce qui nous paraît être de l’ordre de nos responsabilités humaines, alors le jeu en vaut la chandelle.

Tel est notre travail, nous nous y attelons chaque jour et ce chemin parcouru a ouvert des brèches de possibles et des désirs de jeux et mots que nous déposerons comme des pierres précieuses. »

Dalila Boitaud Mazaudier

Juin 2017

 

La compagnie Uz et coutumes est une structure professionnelle qui rassemble des artistes et des administrateurs ayant tous reçus une solide formation.

Compagnie de théâtre, Uz et coutumes propose depuis plus de dix ans des spectacles ambitieux, dans l’espace public.

Ambitieux d’abord, parce que la compagnie s’inscrit chaque fois en réaction à ce qu’elle considère comme une réalité essentielle que le théâtre doit prendre à bras le corps, faire acte de parole.

La normalisation dangereuse des esprits (Hebs 2011), la fermeture d’une centrale thermique et la mort des salariés liée à l’amiante (Touché mais pas coulé, 2012), le génocide perpétré contre les tutsi au Rwanda (Hagati Yacu, 2013), la résistance par la littérature face à l’intégrisme (Souk, 2016).

Ambitieux également par le nombre de personnes impliquées dans chaque oeuvre, marquant une volonté de pluraliser les énergies et les compétences, mais aussi de rester ouvert tant dans le fond que dans la forme de l’interprétation.

L’espace public est abordé de plusieurs façons :

  • Collectage / documentation: Les artistes cherchent systématiquement à interroger leurs thématiques à travers le regard de l’autre : rencontres, interviews avec des « spécialistes » mais aussi avec le « quidam », dans la rue.
  • Choix des lieux : il ne s’agit pas de jouer « dehors » mais de mener une réflexion sur nos espaces publics. Les lieux sont donc choisis minutieusement pour leur histoire, leur relation avec la ville, leur retranchement. Ils sont pensés comme un parcours pour que la pièce chemine, tant physiquement qu’intellectuellement.
  • Actions de médiations autour des créations : les thématiques travaillées sont souvent complexes et donc menées comme une recherche documentée. La compagnie propose des temps d’échanges sous diverses formes en marge des représentations pour « aller plus loin ».

La compagnie mène également des projets éphémères de territoire, dans les quartiers dit « en marge », en lien avec les habitants, les acteurs du terrain.

La pédagogie et la transmission des savoirs fait partie intégrante de son cursus.

Les différentes politiques en France ont souvent associé l’éducation et l’artistique pour leur complémentarité évidente ; les artistes de la compagnie sont forgés à cette mouvance.

Ils ont également acquis au fil des années une grande expérience en matière de création, d’écriture, de représentations, de contact avec les différents publics.

Ils sont également aguerris au montage de projets culturels, conception, mise en forme et réalisation.

De plus la compagnie a acquis au fil des années une solide expérience à l’international : République Démocratique du Congo, Rwanda, Bénin, Maroc, Haïti, Laos, Cambodge, Philippines… La plupart des membres étant également liés à l’ONG Clowns sans Frontières.

 

 

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