Dalila Boitaud-Mazaudier et son « Manifeste de la cracheuse de feu » en 4e de couverture du nouveau journal des arts de la rue de janvier 2026 concocté par les Ateliers Frappaz, le Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public de Villeurbanne (69), Les cracheurs de feu n°04.
Consulter la revue Cracheurs de Feu n°4 janvier/juin 2026 en intégralité : https://www.calameo.com/read/0036425155d97ae52d033
MANIFESTE DE LA CRACHEUSE DE FEU
DALILA BOITAUD-MAZAUDIER
Nous sommes les inconnus, les anonymes, les étrangers, nous sommes les derniers jets. Nous savons l’autre territoire.
Pour jouer d’autres mots, d’autres violences, nous exaspérons le vide.
Nous ne reculerons plus, nous sommes percés, nous en avons l’attrait et la cendre.
Nous sortirons la tête penchée. Nous sommes la lettre, le regard en arrière et ce corps effondré dans les rues de Kigali, de Beyrouth, de Kinshasa, de Lomé, de Villeurbanne, des bleds, patelins, parcelles. Les frontières avec ou sans leurs noms. Ce qui entre exactement dans la bouche.
C’est inscrit sur les passeports parmi les lignes inutiles.
Chaque pays nous rumine et nous expatrie
Nous voyageons, nous barrons, nous cassons, nous partons savoir, nous déclinons nos identités, nous regardons nos pieds, les graviers de nos semelles, nous bifurquons par les déserts, déplaçons les salles de l’attente, nous foulons les conflits et les latitudes trop précises, nous déposons lourd, nous intranquillisons les trous de mémoires, nous taillons les routes, nous essuyons sueurs et réels périls, nous réservons nos strapontins aux théâtres de la guerre.
Parfois, nous relevons la tête lorsque sur cette scène où nous nous récitons plus humains que dans les forêts ordinaires du quotidien.
Rien d’intact à l’arrivée.
Nous avons droit à un ciel tout entier.
Je nous désire à l’endroit de l’ancêtre, de l’exil, de l’errance acharnée.
Pour incliner une révérence écarlate à l’édifice de la parole.
À TRAVERS
À VOL D’OISEAUX
PAR LA MOINDRE FISSURE
