Note d’intention, Espérance Brossard, présidente d’honneur d’Ibuka France

Je ne dirais pas beaucoup de choses, je voudrais simplement souligner le travail de mémoire fait par UZ et coutumes.

Par sa représentation, par  ses « actes », actes qu’il faut entendre aussi bien au sens théâtral qu’à celui de l’engagement, la Compagnie Uz et Coutumes, pose une question : Est-ce au théâtre à prendre la parole sur les drames de l’humanité ? C’est une vaste et très ancienne question, comme ils le disent eux-mêmes. Mais je voudrais tenter d’y répondre à ma manière, celle d’une survivante d’un génocide, celle d’une personne qui fut pendant cinq années présidente d’Ibuka : Organisation Non Gouvernementale qui œuvre pour la mémoire  et la justice pour les victimes du génocides des Tutsi du Rwanda.

Un génocide a eu lieu au Rwanda et les tutsi ont  péri dans une solitude la plus totale, abandonnés par le reste du monde. Je vais emprunter les mots d’un autre pour dire ce qu’ils ont vécus, se sont les mots de Maïr Waintrater qui écrit : « un génocide a lieu et nous n’avons rien fait pour l’empêcher…la passivité, en ces circonstances, est l’équivalent moral d’une complicité de fait ».

De ce fait,  la mémoire du génocide  nous concerne tous. Mais quel langage pour dire la mémoire qui concerne les atrocités ? Peut-on jouer au génocide ? Peut-on figurer les morts de la barbarie par le biais du théâtre ?

Il me semble que à coté d’un témoignage brut d’un rescapé qu’il est nécessaire d’entendre, car il relate un vécu à la fois individuel et collectif, il existe différentes formes dans lesquelles le théâtre trouve sa place.  En effet la mémoire d’un génocide n’incombe pas qu’aux seules victimes de ce génocide, leur laisser cette tâche serait encore une fois les laisser seules avec l’indicible. Les écrivains, les cinéastes, les comédiens ont la possibilité de prêter leurs voix  aux victimes pour qu’elles puissent être entendues, pour qu’elles ne soient pas  seules croulant sous le poids de leur histoire et de la mémoire. Ce théâtre est une forme distanciée, qui peut permettre d’approcher cette histoire qui nous concerne, et de créer une proximité entre les peuples éloignés et qui pourtant partagent une commune humanité.

Par son action, « UZ et coutumes » participe au travail de mémoire. Il permet à ceux qui, peut-être, n’auraient pas eu l’idée de s’intéresser à ce qui s’est passé au Rwanda de s’en approcher par le biais de l’art, qui devient alors une médiation entre nous et l’horreur.

Merci à UZ et Coutumes pour sa contribution au travail de mémoire que mène notre association IBUKA.

Espérance Brossard, présidente d’honneur d’IBUKA France

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